samedi 19 mars 2016

Chapelle des Capucins

   On connaît celle de Vienne où sont inhumés les Habsbourg. Mais Rome a aussi la sienne...

   Les capucins sont une branche des franciscains, ils incluent des prêtres, des frères et des laïcs qui se sont astreints à l’observance de la règle qui repose essentiellement sur la pauvreté et la simplicité.

  L’église des capucins de Rome, au bas de la Via Veneto, non loin du Palazzo Barberini. C’est d’ailleurs la Famille Barberini qui fut à l’origine de la construction de ce couvent. Elle eut son Pape, comme il se doit, et ce fut Urbain VIII (Maffeo Vincenzo Barberini), au début du XVIIème siècle.

  Les Barberini possédaient, entre autres caractéristiques, celle de représenter le parti français (à l’inverse des Pamphili, partisans des espagnols, à l’époque où ces deux puissances se disputaient l’influence sur la Papauté et sur ce qui n’était pas encore l’Italie) et celle de « recycler » (pourrions-nous dire) les oeuvres d’art de l’Antiquité, au risque de les dénaturer, pour les intégrer dans leurs propres réalisations (d’où le fameux adage « Quod non fecerunt barbari fecerunt Barberini » - ce que ne firent pas les barbares, les Barberini l’accomplirent).

  La chapelle des Capucins, Santa Maria della Concezione, 

 

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est construite selon un plan très simple, avec une nef centrale et dix petites chapelles latérales. Elle ressortit pleinement à l’architecture de la contre-réforme : là aussi, la simplicité est le maître-mot. Elle a été magnifiquement restaurée au cours de ces dernières années et abrite des chefs-d’oeuvre, au premier rang desquels le Saint Michel Archange terrassant le démon de Guido Reni.

 

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   Le démon ayant, en l’occurrence, les traits de Giovanni Battista Pamphili, représentant de leur famille ennemie… et qui fut par la suite élu Pape sous le nom de Innocent X.

   La tradition de simplicité et d’humilité des capucins s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui dans certaines églises de Rome où l’on continue de servir, le dimanche matin, le « repas des pauvres », une coutume peu connue du touriste qui visite Rome mais qui n’en est pas moins intéressante à relever.

   A cette même exigence de simplicité appartient la tombe du représentant sans doute le plus marquant de la famille, Antonio Marcello Barberini, qui porte l’inscription « Ici repose la poussière, les cendres et le néant », sans aucune mention de nom de personne. Trait de modestie ou suprême orgueil ?

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   Autre chef-d’oeuvre dans cette église, le « Anianie de Damas guérissant saint Paul de sa cécité » , de Pietro di Cortona. On est ici dans le basculement entre classicisme et baroque. Caravage est passé par là, il a laissé sa marque quant à l’usage de la lumière, la vérité des visages et l’actualisation du décor de scènes réputées se dérouler durant l’époque chrétienne ; mais, déjà, se lit dans cette toile l’impératif de se libérer de son héritage pour aller vers une représentation plus vivante, polyphonique, où la lumière (que l’on peut sans doute qualifier davantage, du reste, de « nordique » plutôt que d’ « italienne ») ne soit pas l’unique élément de structuration du tableau ; Pietro di Cortona fait oeuvre de coloriste et assume, davantage que par le passé, le caractère d’élément du décor que prend son oeuvre. On peut trouver (c’est mon cas) que l’oeuvre tend à y perdre en intensité, mais la façon dont l’artiste se rend maître simultanément de plusieurs registres expressifs demeure admirable.

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   La chapelle des capucins permet en outre de rendre un hommage mérité au Dominiquin pour ses « Stigmates de saint François » et sa « Mort de saint François ».

  On ne peut pas ne pas mentionner parmi les tableaux présentés ici (mais dans la sacristie, non dans la chapelle) le « Saint François en méditation » récemment attribué avec certitude à Caravage.

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  Avec certitude ? Si les avis des experts actuels paraissent converger, il faut tout de même se ménager une marge d’incertitude. Le réalisme de ce tableau est bien dans le style du peintre de la « Madone aux pèlerins » ; mais la lumière est-elle proprement caravagesque ? Et ne faut-il pas tenir compte aussi de cette véritable industrie de la copie qui prospérait à l’époque, employant non pas seulement de simples tâcherons mais aussi des artistes accomplis qui rendaient ainsi hommage à leurs maîtres tout en répondant à des commandes qui les faisaient vivre.

  Reste le plus insolite de cette visite. Et, là, on n’est plus vraiment dans le domaine de l’art. Ou si ? Je veux parler de la crypte, cinq chapelles décorées exclusivement avec les ossements des religieux morts et dont le corps avait été inhumé dans de la chaux vive ayant dissous les chairs. A l’entrée, cette inscription : "Quello che voi siete noi eravamo; quello che noi siamo voi sarete ». A l’intérieur, des éléments de squelettes mis en scène ; des objets, lustres notamment, fabriqués avec les seuls os. Sade, Mark Twain et Nathaniel Hawthorne l’ont visitée et s’en sont souvenus. Mais quel sens profond faut-il lui donner ? Est-ce une manière d’exorciser la mort ? De dire que, pour qui a la Foi ou l’aura, elle n’est rien ? D’affirmer qu’une sorte de grand rire - en somme nietzschéen - s’avère plus fort qu’elle ? Que nous aurions le droit, et peut-être le devoir, de nous en moquer ? Ce memento mori porté à la puissance algébrique est en tout cas l’un des lieux les plus déconcertants que Rome puisse nous donner à contempler.

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