mardi 1 mars 2016

Chambres de Raphaël

    Un beau matin, sous une forte « pression anthropique » (puisque ainsi désigne-t-on, paraît-il, la foule surcompressée, bruyate et remuante, qui envahit les Musées du Vatican bien trop souvent et spécialement, semble-t-il, en cette année jubilaire) nous voici repartis pour la visite des Chambres de Raphaël. Il faut pour cela retraverser la Galerie des tapisseries (« Arazzi »), celle des cartes (pour qui j'avoue un faible : j'aime bien savoir quelles représentations du monde physique se faisaient nos ancêtres et comment celle-ci a évolué ; il y a quelque chose réellement poétique dans ce que nous considérons aujourd'hui comme des approximations, des erreurs, voire carrément des fantasmes, et dans l'habileté avec laquelle tout cela était traduit en formes et en couleurs). On doit aussi passer par la Chapelle Sixtine : j'ai pu admirer à cette occasion le nouvel éclairage « LED », qui permet enfin d'admirer un peu mieux (auparavant, il faut bien le dire, on n'y voyait carrément rien) le chef-d'oeuvre de Michel-Ange.

 

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   Je me bornerai aujourd'hui à un bref commentaire sur la « Stanza della Segnatura » où se trouve la fameuse fresque de « l'Ecole d'Athènes » (qui donne, dans un raccourci saisissant entre ces deux génies pourtant si différents, à Platon le visage de Léonard de Vinci). Les quatre fresques sur les parois représentent respectivement, outre « l'Ecole d'Athènes », la Dispute du Saint Sacrement, la Vertu et la Loi et, enfin, le Parnasse. On ne saurait mieux exprimer le génie de la Renaissance : on a beaucoup dit que ce moment était celui où s'amorçait un processus de sécularisation qui allait s'achever au XXème siècle. Et, en effet, dans fresques de la Stanza della Segnatura, il y a la théologie (on croit en Dieu, j'allais presque écrire qu'on y croit « encore »), mais elle voisine avec la poésie, le droit, l'éthique, la philosophie. La relation de l'homme avec Dieu n'est donc ni englobante, ni réellement surplombante. Elle s'inscrit dans une diversité, une richesse culturelle, l'homme de la Renaissance vit pleinement sur plusieurs registres. Aussi bien que de longs discours, les fresques de Raphaël nous projettent au coeur de la vision humaniste dont l'artiste était imprégné, qu'il illustra dans l'ensemble de son œuvre et que, d'une certaine manière, ne partageait pas totalement son grand rival Michel-Ange. J'y reviendrai probablement, à l'occasion.

2 commentaires:

  1. Bon le Pap j'avoue que n'étant pas un grand fan du bloggage en général et préférant nos discussions personnelles à celles faites en public, j'avais regardé un peu mais je n'étais pas revenu sur ton blog. Et puis je croyais que ça allait être bien trop long aussi!!! ^^ Et si je ne me trompe pas ça l'était un peu + la dernière fois que j'étais venu. Mais franchement c'est très bien ces derniers posts, alors je reviendrai! ;P

    Et pour Raphaël moi j'ai toujours trouvé qu'il était éclipsé par le génie absolu et tellement multidimensionnel (géométrique, artistique, sociologique, mystique...) de Michel Ange dans la Sixtine, mais après à l'extérieur sur d'autres oeuvres Raphaël envoie du très lourd. L'Ecole d'Athènes notamment bien sûr et ses Chambres, mais je me souviens de La Mise au Tombeau qui m'avait complètement bluffé quand j'l'avais vu dans la Galerie Borghèse. Tu regardes ça sur internet et ça n'a aucunement le même effet, les couleurs sont traitres, tu passes complètement à côté. Mais en étant devant, en pouvant apprécier réellement les couleurs, en étudiant les personnages, leur identité et ce qu'en fait Raphaël. Là c'est énorme.

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    1. Merci, mon Flo, j'apprécie ton commentaire. Raphaël ou Michel-Ange, le débat n'est pas d'hier... Evidemment, il y a la force incomparable, ravageuse, de Michel-Ange. Mais ce que j'ai voulu dire dans mon texte, c'est que j'appréciais en Raphaël l'humaniste, l'homme des Lumières, en quelque sorte, avant l'heure. Un message qui place l'aventure intellectuelle de l'Homme sous le signe de la diversité. Ce qui n'est tout de même pas rien.

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