samedi 16 février 2019

Santa Bibiana

  Un autre monde au coeur de Rome. L'église de Santa Bibiana, telle que nous la connaissons, avait été construite au milieu des champs, dans la zone dite des Horti Liciniani, énorme complexe de jardin, parcs, bains et habitations, créé par l'Empereur Gallien (Licitino Ignazio Gallieno). Aujourd'hui... l'église donne moins l'impression d'être au coeur de la ville que coincée au milieu de la modernité implacable du transport de masse par chemin de fer. D'un côté, en effet, en contre-haut, les multiples voies qui aboutissent, un peu plus loin, à la Gare Termini. De l'autre, cette étrange ligne intermédiaire entre le tram et le train qui va de Termini à Centocelle (et auparavant jusqu'à Giardinetti).



   L'église elle-même est bâtie sur les restes d'une basilique paléochrétienne commémorant le martyre de Sainte Bibiana, dont l'histoire dit que sa mère Drafrosa, sa soeur Demetria et aussi son père Flaviano - lequel aurait exercé de hautes fonctions pour le compte de l'Empire romain - auraient également subi les persécutions de l'Empereur Julien (il s'agit de "Julien l'Apostat"), entre 361 et 363.

  L'église elle-même, telle que nous la connaissons, doit beaucoup à Bernin qui, sous les ordres du Pape Urbain VIII (Barberini), a fait procéder à des travaux de restructuration complète destinés au Jubilé de 1625. Pour ce faire, il a entendu respecter le principe architectural des basiliques paléochrétiennes : atrium extérieur, construction sur trois nefs parallèles.



  Bernin a aussi imprimé sa marque par la statue de Sainte Bibiana qui orne l'autel. Statue en marbre, où la sainte est représentée en extase, tête renversée, le mélange des multiples plis de la robe mettant en valeur son visage et attestant, une fois de plus, de l'extraordinaire maîtrise technique acquise par le sculpteur et son atelier à l'époque.



 Par ses dimensions limitées et par son atmosphère intime, cette église évoque bien un lieu de recueillement hors du monde.

  Outre la statue de Sainte Bibiana, l'intérêt artistique de l'église consiste dans les fresques de la nef centrale, dues, à gauche, à Agostino Ciampelli, à droite à Pietro da Cortona. C'est Marcello Sacchetti, "trésorier" du Pape et protecteur de Berrettini (nom d'origine de Pietro da Cortona) que celui-ci reçut commande du Saint-Père.

   Ciampelli évoque le martyre de la Sainte et l'histoire de l'église : la dépouille de la sainte abandonnée dans le Forum tauri, l'enlèvement de la dépouille et l'érection de l'église à la demande de la matrone Olimpina. Les images d'Olimpina et de Drafrosa sont intercalées dans les niches, des cornes d'abondance montrent le nom des personnages et dans la partie inférieure deux anges montrent le blason d'Urbain VIII portant les abeilles des Barberini.



  De l'autre côté, Pietro da Cortona représente le procès et la mort de Demetria, la matrone Rufina qui incite Bibiana à renier sa foi, la flagellation de la sainte attachée à la colonne ; et, entre les épisodes sont figurées des représentations du père de Bibiana, Flaviano et de sa soeur Demetria, avec également des cornes d'abondance remplies de fruits et de fleurs et sous des anges qui soutiennent le blason papal.







  Ainsi, dans une toute petite église romaine encerclée par les voies ferrées, on peut contempler face-à-face deux chefs-d'oeuvre du XVIIème siècle. Rome vous offre ainsi, à condition de savoir les cueillir, de belles leçons d'histoire de l'art, de magnifiques occasions de méditer sur la place de la création, et le rôle que la religion a pu y tenir, dans la civilisation dans laquelle nous baignons. De plus, le passage de Ciampelli à Cortona montre, en un raccourci saisissant qui fait aussi la séduction et l'intérêt particulier de cette visite, comment on passe du classicisme (Ciampelli) au baroque (Cortona), c'est-à-dire comment l'art a pu éprouver, à un moment de son évolution, la nécessité de se libérer de certaines contraintes pour trouver une dynamique plus en accord avec l'émancipation des hommes et des idées qui s'amorçait à ce moment-là - et qui allait mener très loin.





































Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire