Nous voici ce matin à Tor Marancia. Un quartier périphérique qui pourrait ressembler à la Garbatella, le charme en moins. Les petits immeubles de quatre ou cinq étages ont poussé entre des pelouses chenues qui les humanisent sans masquer l’absence de créativité architecturale. Ils appartiennent à une société de HLM et sont habités par des personnes à faibles revenus.
Or, ici même a pris corps une idée qui, sans être complètement originale, donne à ce quartier de maisons comme celle-ci
un bel élan.
Référence est faite à Shanghai, car les deux lieux ont ceci en commun d’avoir été des zones inondables, insalubres, où de grosses opérations d’aménagement urbain ont pu seules apporter des conditions de vie acceptables. L’histoire de Tor Marancia est en outre liée au fascisme, puisque ces maisons avaient été bâties à l’origine (vers 1930) pour accueillir des familles délogées de force des Forums Impériaux où le régime mussolinien voulait réaliser des opérations d’urbanisme.
Le projet, très récent (2015) a consisté à commander à des artistes de rue (« graffeurs », mais en fait c’est d’un concept plus large qu’il s’agit) de décorer certaines façades. Idée au départ assez mal accueillie par les habitants, mais aujourd’hui bien acceptée et même devenue objet de fierté. Ce quartier naguère délaissé, épicentre de trafics divers, est aujourd’hui une attraction touristique. Référence est faite à Shanghai dans cette peinture de Caratoes, artiste belge de Hong Kong, qui représente en outre la louve romaine comme une cocotte en papier.
« Le poids de l’histoire », par Jaz, artiste argentin, dont la « signature » est la mise en image d’une lutte.
Hommage à un enfant mort (l'« Enfant rédempteur »), par le Français Seth.
Eloge de la lumière (« le Soleil invaincu ») par Domenico Romeo, qui, comme Luigi Serafini, invente une écriture imaginaire.
Le Français Philippe Baudelocque prend le parti d’une représentation qui contient elle-même de multiples contenants : un univers entier dans la paume d’une main.
La religion opère un surprenant retour chez certains artistes de rue, tel Mr Klevra avec « Notre-Dame de Shanghai ».
Les cascades de paroles, de Satone, parfaitement adaptées à un quartier populaire romain.
Apparemment plus traditionnel, « Hic sunt adamantes », de l’Italien Diamond.
Le préféré, paraît-il, des habitants du quartier : « la Distance homme-nature », du Philippin installé en Italie Jerico.
Et, pour finir, ce visage de femme, plutôt mystérieux, et qui suscite des interrogations sur la technique employée : il paraît en effet que l’artiste se cachait pendant son travail, qu’on l’a vu chauffer ses couleurs et les refroidir… Même un art populaire excelle parfois à jouer du secret...
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