On a beaucoup dit que c’était le quartier des artistes. Le Montmartre de Rome. Sans la colline et avec une église qui, outre sa beauté (discrète du dehors, opulente à l’intérieur) a le mérite aussi de ne pas évoquer la stupide et sanglante répression de la seule révolution qui ait eu la gloire de faire exister et de porter en avant les idéaux d’un socialisme authentiquement humaniste.
Vue de la place Santa Maria in Trastevere, l’église éponyme a presque l’air d’une paroissiale de village endimanchée. Elle est pourtant chargée d’histoire bien plus que la plupart de ses consoeurs romaines. On affirme en effet qu’elle fut le premier lieu de culte chrétien ouvert au public, au IIIème siècle, bien avant que Constantin fasse de la religion chrétienne la religion de l’Empire.
Telle qu’elle se présente aujourd’hui, elle date du XIIème siècle.
Si on a la chance de visiter Santa Maria in Trastevere sans devoir se frayer un passage parmi une horde de touristes, on pourra en profiter pour admirer le pavement cosmatesque, riche, varié, bien conservé.
Dans l’abside, la mosaïque sur fond doré, lumineuse (trop, il faut chercher un angle de côté pour éviter le claquement de la lumière qui vient éblouir la cellule de l’appareil photo et noyer une bonne part de l’image), représente le Christ et la Vierge, grandis, en majesté, entourés de saints et de papes. La place ainsi donnée à la Vierge aux côtés du Fils de Dieu est typique de l’art byzantin. Côté Empire d’Occident, la prééminence du Christ amène les artistes à l’exalter la plupart du temps dans sa solitude. Les Orientaux auraient-ils eu, à l’époque, un souci marqué d’égalité des sexes par lequel ils voulu figurer Jésus et Marie comme présences indissociables l’une de l’autre ?
Coup d’oeil dans la nef : plus qu’une autre sans doute, l’ambiance de cette église se prête au recueillement. Comme si les nombreux siècles de piété qui s’y sont succédé s’y étaient sédimentés pour former aujourd’hui une injonction de profondeur aussi tranquille qu’immédiatement perceptible.
Retour à la cité des hommes. La nuit est tombée. Les rues étroites et pavées de Trastevere, les maisons au crépi pâli par les années (pas de façades flambant neuves dans ce quartier, heureusement ! les quelques immeubles un tant soit peu récents ont pris une patine un peu crasseuse qui fait que, finalement, ils ne détonnent pas par rapport au voisinage) composent de belles ambiances de rues et de places villageoises.
On lira çà et là que le quartier n’est plus le centre de gravité de la bohème créatrice ayant élu domicile sur les bords du Tibre. Sans doute le tourisme intensif et la boboïsation sont-ils passés par là et ce n’est jamais pour le meilleur. Le cinéma « America » longtemps occupé par des contestataires anarchisants (comme l’est encore le Teatro Valle, non loin du Panthéon et du Sénat) et plutôt bon enfant vient d’être évacué par les forces de l’ordre. Anecdote parfaitement transalpine : au moment de leur intervention, les policiers n’ont trouvé à l’intérieur qu’une seule personne, qui est sortie à pied et benoîtement rentrée chez elle. Il paraît que la municipalité a de grands projets pour ce lieu qui devrait relancer l’offre culturelle du quartier. Somnolent aujourd’hui, Trastevere pourrait bien redevenir un quartier branché, qui sait ? Ce serait intéressant en tout cas d’être les témoins de cette transformation : notre séjour à Rome nous en offrira peut-être l’occasion.
Oui superbe église, de plus la santa messa est dite suivant le rite Byzantin le Dimanche à 18h45
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