mardi 26 mars 2019
Saint-Jean de Latran (vu de dessous)
Avant de le voir du dessous, revoyons-la du dessus, cette basilique qui précéda Saint-Pierre comme résidence des Papes, "mère de toutes les églises du monde", construite à partir du IVème siècle, hors les murs de l'époque parce que la religion chrétienne n'avait pas encore tout à fait acquis le statut de religion d'Etat qui sera le sien plus tard.
On se souvient de ce qu'elle doit à Borromini (l'aspect intérieur sous lequel nous la connaissons) et que la façade est due à Alessandro Galilei, architecte du XVIIIème siècle.
Mais il est temps maintenant de passer aux profondeurs. C'est-à-dire à la station de métro Saint-Jean de Latran, où se croisent deux lignes (la A et la C) et qui pour l'instant est le terminus de la C, laquelle devrait se prolonger dans un premier temps jusqu'au Colisée, puis jusqu'à Clodio-Mazzini, au-delà du Vatican. La fameuse ligne C, la troisième ligne du métro romain ! Combien d'encre n'a-t-elle pas fait couler ! Et combien d'argent aussi ! Les travaux du métro ne devaient pas être simples, on savait bien à l'avance que les surprises ne devaient pas être surprenantes, mais, en l'occurrence, le retard a atteint une sorte de record : quatre ans !
Car, évidemment, sitôt qu'on a creusé, des couches et des couches historiques se sont révélées. On remonte en fait à la protohistoire, quand Rome se fondait comme cité, que les Romains se constituaient comme peuple et que les premiers Rois de Rome s'apprêtaient à régner. On passe ensuite par la République, la naissance de l'Empire, l'Empire tardif, le Moyen Age. Tout cela se traduit directement dans la stratigraphie.
Des milliers d'objets ont été retrouvés. Souvent, c'étaient des fragments d'objets antiques, notamment des éléments de construction ou de décoration, réutilisés, puisque ce fut la mode, au Moyen Age, d' "enrichir" ainsi des constructions nouvelles en intégrant ces fragments qui, par la suite, furent plutôt placés dans des niches, tandis que la terre cuite (souvent des amphores remplies de matériaux) était utilisée pour le renforcement de certaines structures.
De toute manière, comme le soulignent les historiens, toutes les créations de l'Antiquité n'inspiraient pas le moindre intérêt avant l'an mille : c'étaient des vieilleries qu'on ne regardait même pas.
Pour que les archéologues puissent travailler et recueillir dans de bonnes conditions leurs matériaux, le creusement de la station de métro ne s'est pas fait en employant des techniques et engins classiques ; on a procédé à la congélation du sol à l'azote liquide, puis à sa découpe. Procédé impeccable, mais difficile à manier et très cher.
Et on a décidé aussi de faire de cette station un musée, que l'on peut donc visiter moyennant le prix (1, 50€) du ticket de métro. A chaque étage, des vitrines de présentation d'objets découverts à proximité. Et surtout, au fur et à mesure que l'on descend, la correspondance entre la stratigraphie et l'époque. On réalise bien ainsi que Rome est faite de couches temporelles qui se sont superposées. Ce n'est que par une sorte d'incongruité que certaines marques d'un passé très ancien sont encore visibles. Et il est certain en tout cas que sous chaque monument de la Renaissance ou de l'ère moderne, sous chaque église que nous visitons, existent des multitudes de restes de la Cité antique, qui ne seront sans doute jamais mis au jour (sauf tremblement de terre !) puisqu'il faudrait anéantir une époque pour pouvoir en connaître une autre. Rome offre ainsi ce paradoxe d'une ville multiple qui se dissimule largement à elle-même.
Ci-dessous notre conférencière, Maria Cristina Paoluzzi, promenant sa main au fil des âges.
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