Face à l'île Tibérine, de l'autre côté de Trastevere, le Ghetto de Rome est dominé par la masse imposante de la Synagogue. Le Ghetto de Rome, à la suite de celui de Venise, a été institué par le Pape Paul IV Carafa pour y loger les Juifs.
Il a connu des extensions, puis des réductions, à différents moments de l'histoire. Histoire souvent douloureuse. A l'époque, les levées des bords du Tibre destinées à éviter les inondations n'existaient pas et toute la zone, dans une courbe du fleuve, était marécageuse. Les Juifs furent souvent obligés d'assister à des messes, dans l'espoir de les convertir. On raconte qu'ils se mettaient fréquemment des bouchons dans les oreilles.
Deux églises sont d'ailleurs implantées au milieu du Ghetto, notamment Santa Maria del Pianto (des pleurs) qui doit son nom à une tradition populaire : une image de la Vierge se serait mise à pleurer lorsqu'un offenseur, après avoir demandé pardon à l'offensé, aurait tout à coup changé d'avis et poignardé ce dernier. J'ai entendu aussi dire que les pleurs feraient référence au fait que la Madone aurait ainsi exprimé sa douleur de voir les Juifs refuser de se convertir.
Le 16 octobre 1943 eut lieu un épisode tragique : les Nazifascistes (comme on le dit volontiers ici, faisant allusion au moment où les Nazis avaient pris possession de la capitale italienne) déclarèrent que toutes les familles juives du Ghetto devaient laisser leurs maisons, emporter quelques affaires pour être déportées. Une plaque rue du Portique d'Ottavia rappelle l'histoire de ce chef de famille qui, de retour d'une course, trouva son appartement vide. Toute la famille avait été déportée, ils ne sont jamais revenus.
Ces rues nous rappellent aussi le souvenir de Giulia Spizzichino, une des rares survivantes des rafles nazies, qui échappa aussi par miracle au massacre des Fosses Ardeatines (24 mars 1944), dont le témoignage fut décisif pour l'extradition d'Erich Priebke.
Aujourd'hui, beaucoup de maisons du Ghetto de Rome rappellent le souvenir de leurs habitants déportés et assassinés par des "pietre d'inciampo" (ce que l'on pourrait traduire littéralement par "pierres de trébuchement"), des pavés de laiton gravés insérés dans le sol à la place du pavé en pierre d'origine et portant le nom de la personne tuée. C'est une création de l'artiste allemand Gunter Demnig. Parce qu'il est juste, parce qu'il est indispensable de ne jamais oublier.
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