Dante le connaissait et il lui a inspiré ces vers, tirés de la Divine Comédie (Enfer, chapitre XXVII) :
Ma come Costantin chiese Silvestro
d’entro Siratti a guerir de la lebbre...
d’entro Siratti a guerir de la lebbre...
Lorsqu’on arrive de l’autoroute depuis Florence, il se détache de manière plutôt incongrue au-dessus de la plaine où le Tibre déploie quelques méandres avant d’arriver aux portes de Rome ; et les familiers de la région ont accoutumé de comparer sa silhouette à un profil de Mussolini. On le rattacherait volontiers aux monts sabins, si ceux-ci n’étaient situés à bonne distance. De l’autre côté, le lac de Bracciano n’est pas très loin, mais c’est une formation volcanique et, ici, nous sommes résolument dans le calcaire (et plus spécialement le calcaire jurassique tel qu’on peut le trouver dans la région niçoise). Ce mont est un solitaire, c’est tout naturellement qu’il a attiré à lui les mystiques en mal de solitude. Sylvestre, persécuté par Constantin avant sa conversion, s’y installa, et c’est à quoi les vers de Dante font allusion.
Outre l’ermitage de saint Sylvestre, on trouve sur le monte Soratte ceux de Sant'Antonio, Santa Lucia, San Sebastiano e Santa Romana. Dommage, ils ne sont pas en très bon état, fermés au public pour les préserver, mais laissés à l’abandon. Le monastère de santa Maria delle Gazie, un peu au-dessous du sommet, est, lui, en assez bon état mais il était fermé au public lorsque nous sommes passés.
De cette balade, magnifique malgré la chaleur (mais la montée s’effectue en grande partie sous le couvert des arbres) nous retiendrons le coup d’oeil sur la montagne vue de via Flaminia nuova, en direction de Rieti
l’ermitage de saint Sylvestre (où fut tourné le film Il Profeta, de Dino Risi, très mauvais paraît-il, au point que le réalisateur a été à deux doigts de le renier, mais que j’ai bien envie de voir tout de même par la curiosité de reconnaître le lieu où il fut tourné)
et le couvent offrant une jolie façade sur la placette au coeur de la montagne.
C’est là, devant le couvent fermé, que nous avons rencontré une joyeuse équipe de randonneurs ombriens qui nous ont parlé des différents ermitages autour du mont. Ils nous ont conseillé, au retour, de passer par santa Lucia, que nous avons malencontreusement manqué, croyant nous y trouver alors que nous étions en fait à Santa Romana.
Le mont Soratte ne nous a donc pas révélé tous ses secrets, d’autant qu’il existe une importante zone karstique à son pied, et qu’il abrite en outre un bunker dans lequel le régime mussolinien pensait localiser le commandement suprême des forces armées en cas de guerre et qui servit finalement au commandement des forces d’occupation allemandes (lesquelles y dissimulèrent peut-être, avant de quitter les lieux, vaincus, un ensemble de caisses contenant de l’or et des valeurs… qui n’ont jamais été retrouvées). Plus tard, on voulut en faire un abri anti-atomique. Aujourd’hui, le bunker se visite grâce à une association locale qui en a réhabilité une partie.

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