Je parlais, dans mon dernier billet, d’une grande campagne de fouilles archéologiques ayant permis de retrouver une fabuleuse collection d’art antique.
Je parlais d’une vidéo montrant la découverte des pièces et leur remontée à l’air libre.
Je parlais de la diversité, dont les collectionneurs de l’Antiquité avaient déjà perçu tout l’intérêt dans une démarche humaniste.
Je parlais de tout cela à partir d’une exposition qui n’est qu’un gigantesque faux-semblant.
Non, les pièces n’ont pas été retrouvées sous la mer. Les plongées de Franck Goddio n’étaient que des mises en scène : ce qui remontait à la surface, ce sont des statues contemporaines, immergées par volonté de mystification.
Non, ces pièces ne sont pas anciennes.
Non, Amotan ne fut pas ce collectionneur visionnaire, extraordinairement en avance sur son temps et héros d’une fabuleuse success story laissant derrière elle les inventions des scénaristes d’Hollywood.
Amotan ne fut pas cet homme-là car Amotan n’a jamais existé.
Seul existe Damien Hirst exposant à la Fondation Pinault une série d’oeuvres qui représentent dix ans de sa vie, même s’il ne les a évidemment pas toutes exécutées de sa propre main (certains diront d’ailleurs que sa propre main n’y est pas pour grand-chose) et son toutes placées sous le label de l’incroyable. Incroyable mais vrai ? Non, ce n’est pas cela. C’est un incroyable tout de même un peu croyable, et auquel on a envie, très envie de croire. Et qui n’est pas vrai, pour autant que l’art ne doive pas nous conduire à invalider définitivement les catégories du vrai et du faux.Le spectateur peut, après avoir visité l’exposition de Damien Hirst, en rester à cette interrogation lancinante. Et, paradoxalement, que l’artiste ait voulu brouiller les pistes ne complique pas le problème, mais pourrait bien nous aider à dégager nos propres critères, nos propres solutions - les seules qui vaillent lorsqu’il s’agit d’art.
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