M. et moi nous souvenons d’une visite bien particulière à la Villa Médicis : Frédéric Mitterrand en était le Directeur, il venait d’arriver et n’avait pas encore déballé ses cartons, la bibliothèque derrière son bureau était donc quasiment vide. On était en juin 2008. Le temps d’une photo, je m’étais assis dans le fauteuil du directeur. En me disant que c’était une des plus belles grâces que la République pouvait faire à ses enfants que de les nommer à la tête de cette Institution. On ne peut qu’être heureusement influencé par un environnement où la beauté est si obstinément présente. Celui qui occupe ce fauteuil est-il pour autant voué à créer avec intensité, le temps de son séjour à Rome ? Pas nécessairement. Car il faut faire la part des obligations de service, contraintes mondaines, pertes de temps bureaucratiques… ainsi que de la nécessité de répondre aux doléances des pensionnaires sur toute sorte de sujets, y compris les plus mesquins. Ces doléances dont l’actuel directeur, Eric de Chassay, a connu, par lui-même ou par les dossiers que lui ont laissés ses prédécesseurs, tant d’exemples qu’il a pu écrire qu’elles étaient « un genre littéraire en soi ».
Spectaculaire, étonnante est la statue de la déesse Rome, qui regarde le parc de la Villa et tourne le dos aux promeneurs des jardins Borghese, de l’autre côté. Le bras levé, la position assise lui donnent à la fois un air martial et tutélaire. D’emblée, elle m’a été familière. Peut-être possède-t-elle une sorte de connivence intime, difficile à traduire en mots, avec la Ville de Rome.
L’une des choses qui étonne le plus, c’est l’austérité de la façade donnant sur la ville. Lorsque, en 1544, le cardinal Giovanni Ricci di Montepulciano fit bâtir cette villa par l’architecte Giovanni Lippi, on est en effet en pleine Contre-Réforme. Le Pape recommande donc aux dignitaires de l’Eglise d’éviter l’ostentation. Ils lui obéissent.
Mais ils donnent libre cours à leur goût du luxe et des décorations chargées dès lors que le public ne peut pas les voir. Ainsi, côté jardin, la façade de la villa s’orne-t-elle de multiples bas-reliefs prélevés dans des monuments romains et scellés dans la paroi verticale. Le pillage le plus éhonté est ici élevé presque à la vertu d’un style.
Délice de ces jardins de la Villa, où l’on trouve à la fois le jardin à l’italienne (importance des haies de buis, absence de fleurs, comme ci-dessous)
et des lieux d’apparence beaucoup plus sauvage, comme celui où est installé le groupe de statues de Niobé et de ses enfants.
Une prochaine fois, je prendrai sans doute le temps de parler plus longuement de la Villa Médicis et d’en évoquer l’intérieur.
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