dimanche 13 avril 2014

San Clemente, ou le christianisme comme ange exterminateur


   Je connaissais déjà San Clemente, je l'avais visitée lors d'un voyage touristique, je n'habitais pas encore Rome alors. Tout de suite, j'ai aimé cette église. Le lieu, d'abord : un quartier assez tranquille, entre le Colisée et Saint-Jean de Latran. On sent que de vrais Romains vivent encore là, dans de petits immeubles populaires à trois ou quatre niveaux, au-dessus d'entrepôts ou de petits commerces. Sentir une grande ville habitée par de "vraies gens" a toujours quelque chose de rassurant que Rome nous offre volontiers, pas seulement dans ce quartier, du reste.

    Le charme de cette église, c'est aussi sa situation, le fait d'y entrer par le côté, sur un trottoir planté de beaux arbres.

 
 Mais San Clemente, pour moi, c'est avant tout le témoignage d'une histoire qui ne fut pas un long fleuve tranquille. Des fouilles ont en effet montré que sous l'église se trouvait une domus romaine mais aussi un temple dédié à Mithra. Selon une pratique bien connue, on s'empare du lieu pour "capter la clientèle", c'est-à-dire les fidèles.

   On ne sait presque rien de la religion de Mithra. "Culte à mystères" sans aucun doute, et pour ce motif quelquefois qualifiée de "religion aristocratique" (bien qu'il semble en fait qu'elle ait eu beaucoup de fidèles parmi les classes populaires et les soldats), religion que nous dirions "sexiste" car il semble que les femmes en étaient exclues, il s'agit en fait d'une forme élaborée de polythéisme. Voici quelques représentations du dieu telles qu'on peut les voir dans le mithraeum sous l'église San Clemente.




      Mais encore ?

      Il est difficile d'aller beaucoup plus loin, car la documentation historique fait défaut. Construisant des églises à la place de ses sanctuaires, procédant à une destruction et à une élimination systématique des éléments de ce culte adverse, l'Eglise catholique en cours de constitution a su montrer qu'elle ne comptait pas seulement triompher en éveillant les âmes à sa spiritualité, mais aussi en menant une féroce bataille politique, aux objectifs on ne peut plus clairs : la destruction de l'adversaire. Dès l'époque des Pères de l'Eglise, elle affichait ainsi une détermination qui ne la quittera guère pendant plusieurs siècles. C'est ainsi qu'elle a lutté contre l'hérésie (tout ce qui "déviait" un tant soit peu de ce qu'elle avait décidé quant aux questions religieuses), c'est de la même manière qu'elle a éliminé le culte de Mithra et que, non contente de cela, elle l'a également effacé de l'Histoire. Ce ne fut pas le seul, d'ailleurs : souvenons-nous des Esséniens. Et plus que tout sans doute du gnosticisme, qui avait le mérite de ne pas placer ses adeptes face à la contradiction irréductible entre l'existence d'un Dieu bon et compassionnel et l'existence du Mal sur la terre.


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