jeudi 5 juillet 2018

Civilisation nuragique : deux sites bouleversants

    Les Nuraghe : j'avoue que j'ai découvert ce mot et ce qu'il recouvre lors de mon premier séjour en Sardaigne. D'où venaient-ils, ces hommes et ces femmes qui ont fait la civilisation que l'on qualifie de "nuragique" ? Probablement d'Etrurie, nous disent les historiens, pour ceux qui se sont établis dans le nord de l'île ; de la péninsule ibérique et des Baléares pour ceux qui se fixèrent au centre ; d'Afrique, manifestement, arrivèrent ceux de la région de Cagliari. Plusieurs peuples se sont ainsi fondus en un seul. Nous sommes à la préhistoire - bien qu'il ne soit pas certain que ces peuples n'aient pas connu un début d'écriture. En tout cas, il n'en reste rien. Vers 1500 avant J.-C. (âge du bronze) apparaissent ces constructions de forme tronconique que l'on a appelés nuraghe. Mais quelle était au juste leur fonction ? On lit sous la plume de certains historiens que c'étaient des ouvrages défensifs... pourtant, tels qu'ils sont, ils n'apparaissent pas faciles à défendre. Au point qu'il faut leur ajouter des tours plus petites percées de meurtrière. On a pu lire que c'étaient des "ouvrages différenciés", édifices à caractère à la fois civil et militaire, tandis que les théories qui voudraient en faire des édifices de culte sont vivement prises à partie par les auteurs qui se réclament de la rigueur et de l'expérience scientifiques des archéologues. En réalité, le débat est loin d'être tranché. De grands mystères restent attachés à cette civilisation et, sans écriture, il est peu probable que nous les éclaircissions un jour. De même que nous en sommes réduits aux conjectures pour savoir comment les grands nuraghe ont été construits. Prenons celui de Losa, de plus en plus impressionnant au fur et à mesure qu'on s'en approche. Comment des blocs de pierre si lourds (plusieurs tonnes) ont-ils pu être placés en hauteur ? Qui définissait le plan de l'ouvrage ? Comment les constructeurs parvenaient-ils à maîtriser le transfert de charges dans un ouvrage aussi complexe (il comportait certainement deux et peut-être trois niveaux l'un sur l'autre ; un escalier en spirale permettant l'accès au niveau supérieur était établi dans le volume séparant la paroi extérieure du mur intérieur) ? Nous ne devons pas attendre de vraie réponse à ces questions. Contentons-nous d'admirer, de rester cois devant le geste grandiose des bâtisseurs, d'imaginer autant que faire se peut ce nuraghe deux fois plus haut qu'il n'est aujourd'hui, énorme tronc de cône s'achevant par une ultime terrasse d'où l'on pouvait contempler le village nuragique alentour, fait de maisons circulaires en pierre surmontées de toits coniques en branchages (la dernière image est une vue aérienne du nuraghe Losa).








Un autre lieu marquant de la région est le Pozzo sacro Santa Cristina. Bien sûr, la référence à la Sainte Chrétienne est postérieure : il y avait non loin de là une église catholique dédiée à cette sainte, elle a donné son nom au lieu dans son ensemble. Lieu très spécial, du reste, puisque l'on serait pratiquement au barycentre de la Sardaigne, dans une position plutôt dominante où l'on ne penserait pas pouvoir trouver de l'eau. Et pourtant... Fallait-il que les hommes des nuraghe soient connaisseurs ou perspicaces pour détecter à cet endroit une belle nappe phréatique (l'eau coule en permanence dans le puits, même en période de sécheresse)...    Le puits est recouvert de la fameuse construction voûtée "en tholos". Au sommet de celle-ci, une ouverture : le soleil au solstice d'été darde ses rayons dans le fond du puits. La construction de celui-ci intègre donc des connaissances astronomiques et peut-être aussi des signifiants astrologiques.
 


   Mais, plus que tout, ce qui est frappant dans cette construction, c'est l'escalier qui permet, par le côté, d'accéder au fond du puits. Blocs muraux et marches sont parfaitement taillées. Le passage
 conserve sa forme trapézoïdale, tout en diminuant de taille, à mesure qu'il s'enfonce dans le sol. Célébration de l'eau ? Sans doute. Mais image, peut-être aussi, du sexe de la femme de qui toute vie humaine procède. Célébration de la déesse-mère, grande pourvoyeuse de l'eau nécessaire à toutes les formes de vie. Hommage à la femme de la part d'une civilisation qui - certains l'affirment - était fondée sur le partenariat (et possiblement le partenariat hommes/femmes), au sens où l'entendent les travaux de Riane Eisler. C'est en tout cas ce que l'on aime à croire, sans pouvoir faire autrement que reconnaître que les vrais ressorts de cette civilisation nous demeureront sans doute à tout jamais inaccessibles.


















  
  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire