samedi 8 avril 2017

   Toute grande ville acquiert un charme supplémentaire lorsqu’on y découvre un îlot hors du temps, oublié des démolisseurs et autres urbanistes de la modernité, capable d’aider un instant notre imaginaire à se projeter dans le passé du lieu, dans d’autres modes de vie, avec ce que cela peut véhiculer de nostalgie et, souvent aussi, d’illusions.

    Existe-t-il des villes qui ne recèlent pas ce genre de lieu secret ? Pour ce seul motif, elles mériteraient sans doute notre désaffection. 

   Ça n’est pas le cas de Rome, bien sûr, et l’on peut même gager que, des lieux comme cette Isola Farnese, il en est plus d’un et il nous en reste tant à découvrir ! Raison de plus pour tenter de rester encore quelques mois, qui sait, quelques années dans une ville qui s’offre et s’offrira encore davantage à nous dans sa profondeur.

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   Une île ? Pas tout à fait, puisque nous sommes en fait entre deux cours d’eau. Le Tibre coule par ici, dans sa petite gorge creusée entre deux collines. On est au coeur de ce qui fut le monde des Etrusques. Bien des vestiges ont été retrouvés dans les parages, et souvent exposés au Musée de la Villa Giulia, non loin de chez nous et du Parc Borghese. Le petit hameau de Viejo, qui conserve les restes d’un moulin, fut une grande ville étrusque - on avance le chiffre de 100 000 habitants. Elle n’a pas vraiment été fouillée et n’est pas près de l’être, en raison du coût que cela représenterait et du fait que les terrains sont pour la plupart des propriétés privées agricoles. En attendant, la surintendance des biens culturels a demandé aux cultivateurs de ne pas labourer à une profondeur supérieure à 20 cm. Au-delà, on risque d’atteindre des objets antiques.

  Et nous avons eu la chance de pouvoir nous rendre « chez l’habitant ». Car, bien sûr, l’îlot est habité. Heureux habitants de cette « campagne » si proche de la ville qu’elle est même desservie par un minibus du réseau romain. Ce qui fut Château Farnese, puis exploitation agricole, est aujourd’hui un grand appartement familial, plein de charme quoique sans doute plutôt difficile à chauffer, où le maître de maison nous accueille par un café et des pâtisseries, tandis que nous allons et venons librement dans son appartement où voisinent appareils relevant des nouvelles technologies (« internet étrusque », nous dit-il en plaisantant) et souvenirs de l’ancien temps.

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  Dans la « rue principale » (en fait, il n’y en a qu’une), certaines des maisons qui étaient autrefois celles des serviteurs ont été rachetées par des artistes. De vrais artistes qui s’y installent ou viennent s’y détendre et non pas, comme à Saint-Paul de Vence, des commerçants qui tiennent boutique d’objets plus ou moins originaux et plus ou moins sortis de leurs mains. On cite l’acteur français Philippe Leroy comme un résident permanent, l’artiste italien Bugiani s’y serait installé aussi. On les comprend, à voir cette belle entrée de village.

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   Et, bien sûr, l’église n’est pas en reste. Elle est dédiée à saint Pancrace et, dans sa configuration actuelle, aurait été bâtie au IVème siècle. Le clocher, abattu par un tremblement de terre, a été reconstruit de l’autre côté. On y trouve de très belles fresques : une Madone du XVème siècle, une huile sur toile de saint Antoine, le sanglier à ses pieds.

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  Et, comme, en Italie, tout finit par de bons repas, nous voici à l’Osteria da Vittorio al Rosso, ancien relais de poste transformé en restaurant campagnard. On mange à l’intérieur ou sous la véranda. Pour 9 €, on a droit au buffet à volonté (hors d’oeuvre et plats principaux, poisson et/ou viande), si l’on ajoute 3 €, on a droit au dessert. A ce tarif-là, les résidents un peu esseulés du lotissement ultra-luxueux de l’Olgiata, tout à côté, peuvent donner congé à leur cuisinière et en faire leur cantine. Pas étonnant qu’ils forment une large partie des habitués des lieux.

 

 

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