mardi 14 mars 2017

Gênes : art, histoire et souvenirs...

  Week-end pluvieux à Gênes, où je me trouve pour raisons professionnelles. Que faire de mieux pour éviter l’eau que d’aller visiter… l’aquarium ? Nous voici donc parmi les poissons et les méduses,

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ayant en tête la comparaison avec l’aquarium de Monaco. Bien sûr, celui de Gênes est plus grand et permet un parcours parmi différents écosystèmes marins, semi-terrestres et terrestres. Il offre le spectacle attrayant pour les enfants du nourrissage des dauphins, fameux cabotins qui se donnent volontiers en spectacle pour le prix des quelques seaux de poissons que leur jettent leurs dresseurs...

  Mais l’aquarium de Monaco garde son charme et sa personnalité, notamment d’être situé dans un musée à l’étonnante architecture, voulu comme un temple du savoir et de la diffusion des connaissances à destination du plus grand nombre.

  Sortis de l’aquarium, il faisait presque beau sur la Cité des Doria et des Spinola. J’ai donc pu faire mon pèlerinage au Palazzo Rosso. Chaque fois que j’y vais, ce lieu historique me semble délaissé par les visiteurs. J’y vois une sorte d’injustice, bien que personnellement je sois ravi d’en profiter à l’écart des hordes de Japonais enragés de photos et de selfies.

  Le Palazzo Rosso contient quelques belles oeuvres, souvent sans véritable lien entre elles. Tel est souvent le sort des collections d’origine aristocratique. La famille des Bréa, artistes niçois bien connus, y est toutefois représentée par deux splendides retables. Il y a aussi des Veronese, des Guido Reni, Abraham Teniers...

  Je parlais à l’instant de pèlerinage : c’est que, l’année de mon baccalauréat, j’avais fait un voyage à Gênes avec mon camarade Jean-Philippe. Notre professeur de philosophie nous y avait emmenés dans sa Renault 10 (il faut ce qu’il faut !), nous avions dormi à l’hôtel et visité  la ville et les Palais de la via Garibaldi. Ce fut pour moi un éveil, certes tardif (mais mes parents étaient aussi peu « artistiques » que possible) à l’art, au travers en particulier d’une forte émotion : la découverte de la « Loggia des Ruines » 

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due à Paolo Gerolamo Piola. Représentation ironique, car tout en finesse, de l’état de destruction de la pièce que le peintre avait précisément pour mission de décorer, c’est-à-dire, en bonne logique, d’exalter. Etonnement de voir que le « beau » n’était pas nécessairement lié à un « embellissement », mais pouvait procéder d’un discours en antiphrase.

  Le moment où j’ai découvert ces fresques reste lié à la présence de Jean-Philippe à mes côtés, même si son rationalisme, plus fort que le mien, l’empêchait d’éprouver la même émotion intense. C’est du moins ce que je me dis aujourd’hui, mais peut-être est-ce inexact, car je me souviens que ce voyage à Gênes l’avait aussi beaucoup marqué.

   La Capitale ligure, ce week-end-là, ne proposait guère d’expositions. Apparemment, on était entre le démontage des unes et le montage des autres. Nous nous sommes donc « rabattus » sur l’exposition Sinibaldo Scorza, au Palazzo della Meridiana. Scorza, peintre génois, a également vécu à Rome. Mais c’est à Gênes qu’il a effectué la plus grande part de sa carrière, subissant au passage les vicissitudes politiques de la « Superbe » (c’est ainsi qu’on la surnommait) en étant accusé de trahison. C’est à Gênes que ce peintre pré-baroque a rencontré des artistes flamands. Par leur présence, ces derniers cherchaient à mieux connaître la peinture italienne. Mais l’influence a été réciproque et, finalement, Sinibaldo Scorza, à l’instar de ses confrères nordiques, sut se faire peintre animalier et de genre. Ce sont sans doute les deux parts les plus attachantes d’une oeuvre qui demeure malgré tout celle d’un petit maître. Mais je suis bien persuadé que les artistes qui parviennent à toucher le public sans l’intimider ont aussi leurs vertus.

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