dimanche 28 septembre 2014

Le Lac de Bracciano

    Les vacances ont interrompu ce blog. Mais la rentrée romaine est là. Avec elle, nous reprenons nos visites, nous recommençons nos petites expéditions, le week-end, à la découverte de sites, de villages, de paysages qui nous paraissent valoir le déplacement. Avec le risque d'être déçus, la probabilité d'être émerveillés, tant dans ce pays le moindre village peut receler des trésors, souvent cachés ou inconnus, pas toujours en bon état, loin s'en faut. Mais capables de produire un choc émotionnel.

   C'est précisément ce qu'affirme Jean Cocteau, dans sa préface au Guide "Nagel" de l'Italie, écrite et publiée en 1950, réimprimée en tête d'une édition beaucoup plus tardive (1980) de ce même guide. M. me l'a lue dans la voiture, tandis que nous nous dirigions vers notre destination du jour. C'est d'un lyrisme noble et passablement ampoulé, comme on peut s'y attendre de la part de l'auteur du Testament d'Orphée. Ce n'en est pas moins une belle déclaration d'amour à l'Italie. Je me range volontiers dans la cohorte de ses amants. Et je ne peux m'empêcher de relever, dans le texte de Cocteau, une "petite phrase" qui a gardé toute sa pertinence et son actualité, plus d'un demi-siècle plus tard : l'Italien est un Français de bonne humeur.  Quand notre période d'expatriation prendra fin, quand il faudra rentrer au logis, comment parviendrai-je à supporter l'insupportable mauvaise humeur de mes compatriotes, parfois compliquée du facteur aggravant que représente le fait d'habiter la Ville-Lumière, naguère centre du monde, aujourd'hui presque musée aux millions de gardiens mal occupés ? Je ne sais pas ; je crains que ce retour inévitable soit plutôt pesant sous l'angle des relations humaines. Avis à mes amis : il y aura du boulot pour vous, il faudra bien m'aider à atténuer le choc. Il n'y a que vous qui le puissiez.

   Bracciano, on peut choisir d'y aller par la côte, en poussant presque jusqu'à Civitavecchia ; ou bien d'emprunter la Via Cassia, plus directe (mais embouteillée... situation qui dure depuis environ deux mille ans, et qui n'est pas près de s'arranger). Le village n'est pas loin du lac, mais il est bâti en hauteur, autour du château.



   C'est samedi, nous tombons bien sûr sur un mariage. Convoler en justes noces, sous bénédiction ecclésiale, reste une activité largement pratiquée en Italie.


 La place de l'Hôtel de Ville.


 Nous longeons les remparts de la cité médiévale...
...pour découvrir un magnifique point de vue sur le lac...


... d'où l'on voit aussi le village, dominé par son campanile à la forme plutôt curieuse. L'une de ces maisons, toute en hauteur et ayant vue sur le lac, était celle d'Anthony Burgess. En fait, renseignements pris, c'était sa maison de campagne à l'époque où il vivait à Rome avec sa famille. Je l'imagine bien, dans la pièce du dernier étage, écrivant à son bureau devant la grande baie vitrée en contemplant le calme du lac (calme dû en particulier au fait que la navigation à moteur n'y est pas autorisée).


   Le château apparaît imposant par rapport à la taille du village. Ce fut d'abord celui des Orsini, comme l'atteste la "rose de gueules" (rose rouge) sculptée sur le portail d'entrée et qui ornait leur blason.


     A cet emblème vient se combiner la symbolique de l'ours, auquel bien sûr le nom d'Orsini se rattache.

     Beaucoup de livres en français, dans cette bibliothèque. Mais les livres sont enfermés sous verre, l'ambiance est plutôt froide, ce n'est pas le joyeux désordre, le foisonnement qui attise la curiosité.



   Les chambres - où ont, entre autres, séjourné le Roi Umberto 1er et divers Papes - se caractérisent aujourd'hui par la sobriété de leur ameublement. Mais le mobilier est particulièrement bien conservé.



   Comme souvent, les fresques, dans les pièces d'habitation, représentent des scènes de la vie au château. L'image ci-dessous est assez curieuse, féministe peut-être avant la lettre. Les hommes étant absents, partis batailler ici ou là, ce sont les femmes qui doivent s'occuper de tout. Voici qu'un sanglier pénètre dans l'enceinte du château. On le poursuit avec les armes adéquates et il ne semble pas que, dans cet exercice, le sexe dit faible fasse montre de limitations rédhibitoires.


   Des salles d'armes et la salle de lecture : on sent bien que le château est apprêté pour la visite, mais l'état d'entretien du tout est irréprochable.



   Des courtines, magnifique vue sur le lac. La lumière de ce samedi est exceptionnelle.


  Le château domine la cathédrale toute proche.

     C'est un ouvrage défensif, une construction militaire, mais, à l'intérieure, la loggia Renaissance nous dit clairement qu'à l'époque de sa construction, l'économie du plaisir était en train de s'inviter dans tous les genres d'architecture.


    Passage, à notre retour, par Anguillara, tranquille village de pêcheurs. La saison balnéaire ne bat plus son plein mais on y bronze encore et, pour les plus courageux, on s'y baigne. Une image de l'Italie que j'aime particulièrement est celle-ci : un lieu de loisirs familial, bien tourné, sans ostentation, rempli de charme et n'en abusant pas.


    Et pour vous prouver, si vous en doutiez encore, que cette fois, oui, c'est bon, nous sommes pratiquement devenus italiens, sachez bien - et cette photo le prouve - que nous avons désormais pris la bonne, l'excellente habitude de déguster, en milieu d'après-midi, un gelato en guise de goûter. A Paris ou dans les brumes nordiques, comment ferions-nous ?


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire