Presque un mois que la pluie sévit à Rome. Non pas que le soleil ait disparu complètement, mais on le voit peu : il vient saluer brièvement la ville, les rues, les passants, puis s'éclipse et voici à nouveau des trombes d'eau. Cette nuit même, c'est une espèce de gros bruit mécanique qui s'est fait entendre, un peu comme si l'on s'était trouvé transporté au coeur d'un énorme moteur.
La place du Capitole sous la pluie. Ce n'est pas ainsi qu'on l'aime. Marc-Aurèle reste vaillant sur son cheval mais le deuil du soleil ne sied pas à la Ville Eternelle.
Près de huit églises sur dix, à Rome, sont dédiées à la Vierge Marie. Au point que le Pape Roncalli, Jean XXIII, s'en était ému un jour et avait déclaré qu'il n'était sans doute pas normal que la Mère éclipse ainsi son fils. A ce propos, justement, notre guide qui semble aimer les associations d'idées et les "approches transversales" (ce qui rend son discours intéressant et stimulant) nous explique comment Marie est passée du statut de simple génitrice (la Mère du Christ) à un état en quelque sorte suprahumain, celui de "Mère de Dieu". Et il n'est pas impossible que d'éloigner ainsi Marie du sort commun des femmes ordinaires ait été une astuce perverse permettant de rabaisser les femmes, toutes les autres femmes, celles qui n'étaient pas comme Marie. On évoque aussi la question de la virginité et les développements successifs du mythe : de la conception virginale de Jésus, on passe à l'Immaculée Conception (c'est Marie elle-même qui aurait été conçue exempte du péché originel), puis à la virginité définitive de Marie (elle serait demeurée vierge jusqu'à la fin de ses jours).
Les fresques de Pinturicchio représentent la vie de saint Bernardin de Sienne, dans une chapelle de l'entrée principale. Bizarrement, la mandorle où est représenté le Christ possède une forme et une configuration typiquement bouddhistes. Il y a encore bien des trésors dans cette église, Nancy est passionnante mais nous avons un peu de mal à l'entendre car notre visite tombe juste au même moment qu'une cérémonie rassemblant des groupes d'enfants français que les prêtres veulent catéchiser et inciter à la prière en parlant très fort dans le système de sonorisation.
Non loin de là, et après avoir affronté à nouveau la pluie, nous voici à Santa Maria in Campitelli. Ce n'est pas Borromini, on pourrait presque s'y tromper, c'est Carlo Rainaldi.
Cette église est un peu à l'écart des courants touristiques d'aujourd'hui, et, de fait, il n'y a pratiquement personne lorsque nous la visitons. Mais à l'époque, elle était placée stratégiquement : l'Ile tibérine étant dépourvue de pont avec l'une et l'autre rive servait en effet de quarantaine pour les nouveaux arrivants. Lorsque ceux-ci étaient "libérés", ils passaient devant l'église du Campitelli, édifiée pour célébrer la fin d'une épidémie de peste, grâce à l'image miraculeuse d'une vierge transportée depuis une autre église romaine, celle de Santa Maria in Portico.
Elle est donc exposée, cette image, et mise en valeur malgré sa petite taille (une feuille A4, pas davantage) grâce à ce que l'on appelle une "machine", à savoir cette construction quelque peu tarabiscotée et dorée au-dessus de l'autel. Les "machines" correspondent à une tradition : elles étaient souvent en papier mâché (celle-ci est plutôt en stuc et bois) et elles comportaient des dispositifs permettant de disposer de petites charges de poudre à canon à laquelle on mettait le feu pour créer une illumination intense (un peu comme la poudre de magnésium dans les premiers flashes photographiques).
Nous achevons la visite dans la convivialité, par un déjeuner en commun dans un restaurant du Ghetto, le Pompiere. Leurs pâtes au citron sont tout à fait délicieuses. La discussion se poursuit à propos de la politique italienne : comme la théologie autrefois, elle peut donner lieu à des débats quasiment infinis...
La place du Capitole sous la pluie. Ce n'est pas ainsi qu'on l'aime. Marc-Aurèle reste vaillant sur son cheval mais le deuil du soleil ne sied pas à la Ville Eternelle.
Aujourd'hui, pourtant, nous allons nous régaler. Grâce à une guide américaine prénommée Nancy, passionnée d'archéologie et d'histoire de l'art et romaine d'adoption depuis presque cinquante ans. Elle nous fait découvrir Santa Maria in Aracoeli ("de l'autel du ciel"), édifiée à l'endroit où la Sibylle de Tibur aurait prophétisé à Auguste la venue du Christ. A l'entrée, en haut des marches, une mosaïque représentant la Vierge à l'enfant ; et c'est l'occasion pour notre guide d'évoquer assez longuement l'évolution de cette représentation traditionnelle : la Vierge peut être sérieuse et assez statique (comme ici), désigner du doigt l'Enfant Jésus, indiquant par là que c'est grâce à cet enfant que le monde sera sauvé, ou s'abandonner, tête penchée, à la rêverie, à la tendresse, peut-être au sommeil.
Près de huit églises sur dix, à Rome, sont dédiées à la Vierge Marie. Au point que le Pape Roncalli, Jean XXIII, s'en était ému un jour et avait déclaré qu'il n'était sans doute pas normal que la Mère éclipse ainsi son fils. A ce propos, justement, notre guide qui semble aimer les associations d'idées et les "approches transversales" (ce qui rend son discours intéressant et stimulant) nous explique comment Marie est passée du statut de simple génitrice (la Mère du Christ) à un état en quelque sorte suprahumain, celui de "Mère de Dieu". Et il n'est pas impossible que d'éloigner ainsi Marie du sort commun des femmes ordinaires ait été une astuce perverse permettant de rabaisser les femmes, toutes les autres femmes, celles qui n'étaient pas comme Marie. On évoque aussi la question de la virginité et les développements successifs du mythe : de la conception virginale de Jésus, on passe à l'Immaculée Conception (c'est Marie elle-même qui aurait été conçue exempte du péché originel), puis à la virginité définitive de Marie (elle serait demeurée vierge jusqu'à la fin de ses jours).
Les fresques de Pinturicchio représentent la vie de saint Bernardin de Sienne, dans une chapelle de l'entrée principale. Bizarrement, la mandorle où est représenté le Christ possède une forme et une configuration typiquement bouddhistes. Il y a encore bien des trésors dans cette église, Nancy est passionnante mais nous avons un peu de mal à l'entendre car notre visite tombe juste au même moment qu'une cérémonie rassemblant des groupes d'enfants français que les prêtres veulent catéchiser et inciter à la prière en parlant très fort dans le système de sonorisation.
Non loin de là, et après avoir affronté à nouveau la pluie, nous voici à Santa Maria in Campitelli. Ce n'est pas Borromini, on pourrait presque s'y tromper, c'est Carlo Rainaldi.
Cette église est un peu à l'écart des courants touristiques d'aujourd'hui, et, de fait, il n'y a pratiquement personne lorsque nous la visitons. Mais à l'époque, elle était placée stratégiquement : l'Ile tibérine étant dépourvue de pont avec l'une et l'autre rive servait en effet de quarantaine pour les nouveaux arrivants. Lorsque ceux-ci étaient "libérés", ils passaient devant l'église du Campitelli, édifiée pour célébrer la fin d'une épidémie de peste, grâce à l'image miraculeuse d'une vierge transportée depuis une autre église romaine, celle de Santa Maria in Portico.
Elle est donc exposée, cette image, et mise en valeur malgré sa petite taille (une feuille A4, pas davantage) grâce à ce que l'on appelle une "machine", à savoir cette construction quelque peu tarabiscotée et dorée au-dessus de l'autel. Les "machines" correspondent à une tradition : elles étaient souvent en papier mâché (celle-ci est plutôt en stuc et bois) et elles comportaient des dispositifs permettant de disposer de petites charges de poudre à canon à laquelle on mettait le feu pour créer une illumination intense (un peu comme la poudre de magnésium dans les premiers flashes photographiques).
Nous achevons la visite dans la convivialité, par un déjeuner en commun dans un restaurant du Ghetto, le Pompiere. Leurs pâtes au citron sont tout à fait délicieuses. La discussion se poursuit à propos de la politique italienne : comme la théologie autrefois, elle peut donner lieu à des débats quasiment infinis...
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